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18
Juil
11

Une belle tranche d’Eschalon

Cela fait des jours et des jours que j’arpente la région de Mistfell, plantant ma tente là où le terrain le permet pour me reposer, à l’écart des créatures hostiles qui peuplent cette contrée. Je n’aurais jamais cru que cette missive trouvée au pied de ma porte eût pu m’entraîner aussi loin de ma petite chaumière sise au bord d’une rivière tranquille. Les deux années qui se sont écoulées depuis la chute de Thaermore m’ont fait oublier, au propre comme au figuré, les événements douloureux qui s’y sont déroulés, jusqu’à mon rôle précis dans cette histoire. Et me voilà maintenant en route pour une quête qui paraît bien trouble, d’autant plus que l’auteur de cette mystérieuse lettre, que j’ai réussi à rencontrer dans le village voisin, s’est fait assassiner sous mes yeux, me laissant en possession d’objets bien obscurs et au centre d’un écheveau difficile à démêler pour le simple ranger que je suis.

Eschalon:Book II, comme son prédécesseur Eschalon:Book I, se présente, selon les dires mêmes des concepteurs du jeu, comme un jeu de rôle old school s’inscrivant dans la lignée des Ultima et des Might and Magic, qui ont marqué l’histoire des jeux vidéo dans les années 80 et 90. Le premier volet, sorti il y a trois ans et développé par l’éditeur indépendant Basilik Games, avait connu un certain succès et avait reçu plusieurs récompenses. Ce second épisode reprend les mêmes principes, tout en apportant des améliorations aux mécanismes.

Je dis ranger, car c’est ce que les vicissitudes de la vie ont fait de moi, mais j’aurais tout aussi bien pu devenir un fighter, un rogue, un healer ou encore un magick user. De même, mes expériences m’ont fait adopter un trait de caractère plutôt vertueux (virtuous) -je l’espère, du moins-, ce qui peut m’être d’un grand secours dans mes relations avec les habitants d’Eschalon ; mais cela me rend en contrepartie plus vulnérable aux malédictions en présence d’entités maléfiques. Peut-être aurais-je dû me montrer plus malfaisant (nefarious) et vivre de manière immorale (en trichant, en volant, voire en tuant), ou alors il eût été plus judicieux de mettre ma foi dans les éléments de la nature, voire de me montrer totalement agnostique…

Toujours est-il que lorsque je me suis lancé dans cette aventure, mes attributs physiques et mentaux résultant de ma classe et de mon trait de caractère dominant étaient bien peu développés : quelques points de force, de dextérité ou d’endurance, saupoudrés d’une pointe de sagesse, d’intelligence ou encore de concentration. À cela s’ajoutaient des compétences qu’il n’appartenait qu’à moi de développer.

Comme tout (bon) jeu de rôle qui se respecte Eschalon: Book II ne déroge pas à la sacro-sainte étape de la création du personnage et du choix de ses caractéristiques. L’interface est ici à la fois simple et très claire, les différents attributs et compétences bien expliqués. Parmi ces dernières, la cartographie est vivement conseillée dès le départ, car elle conditionne la possibilité d’avoir une mini-carte, indispensable pour se retrouver dans le monde d’Eschalon.

Ce monde est, en effet, vaste : forêts, plaines, montagnes, landes semi-désertiques, zones volcaniques, sans compter les villes, les villages, les souterrains et autres cavernes labyrinthiques. Une grande place est laissée à l’exploration dans le jeu, et l’on prend un réel plaisir à parcourir les contrées d’Eschalon. Les déplacements se font exclusivement à pied : aucune monture n’est là pour raccourcir les distances. Mais au fur et à mesure que les différentes localités sont découvertes, un système de fast travel permet de les relier entre elles.

Amateurs de 3D et d’animations éblouissantes, il faudra passer votre chemin (c’est dommage, vous allez rater quelque chose) : Eschalon: Book II est à des années-lumières des canons actuels en matière de graphisme et d’animation. En la matière aussi, le jeu est old school avec une vue isométrique en 2D, mais les graphismes n’en sont pas moins de qualité : les décors sont agréables à l’œil et les sprites des différents êtres peuplant Eschalon globalement réussis (à l’exception, peut-être, des loups, mais c’est une question de goût). L’ensemble respire le travail bien fait, réalisé avec minutie.

Pour cela, une multitude de quêtes secondaires plus ou moins liées à la trame principale, se sont offertes à moi : détruire un nid de libellules géantes, remettre une potion censée sauver la vie d’un enfant malade, tuer un lycanthrope, pour ne citer que les premières que j’ai dû accomplir suite aux discussions avec les habitants rencontrés au fil de mes pérégrinations.

Le jeu comprend effectivement une pléïade de personnages avec qui le héros pourra discuter pour faire avancer l’intrigue ou se faire attribuer des quêtes. On tombe là toutefois sur une limitation du jeu : malgré la gestion du jour et de la nuit, les personnages peuplant Eschalon n’ont, pour ainsi dire, pas de vie propre. Ainsi, quel que ce soit le moment où vous irez chez le forgeron (qui se trouve être votre plus proche voisin), il sera dans sa maison et n’en sortira jamais : d’où, parfois, la désagréable sensation que les actions accomplies par le joueur n’ont pas de réelle incidence.

A contrario, une des grandes qualités d’EB II (pour les intimes) est sa non-linéarité. Il existe certes une intrigue majeure, mais, la plupart du temps, l’ordre suivant lequel les quêtes sont réalisées sont laissées à la libre appréciation du joueur. Seule la dernière partie du jeu impose des passages plus obligés. Les quêtes, bien que classiques, n’en demeurent pas moins relativement variées.

Les conditions climatiques sont très changeantes : combien de nuits ai-je passé sous une pluie battante, le ciel zébré d’éclairs, ou alors dans les régions enneigées de Nor’Land, balayées par un vent glacial. Cela peut paraitre anodin, mais la pluie ou la neige ont des incidences sur ma condition physique et mon aptitude à bien utiliser mes armes : ainsi, la pluie diminue beaucoup la précision au tir à l’arc et le froid des régions du nord porte atteinte à mes points de vie. Comme si cela ne suffisait pas, je dois faire attention à mes réserves en eau et en nourriture, et ne pas dépasser ce que mes forces me permettent de transporter, au risque de grandement diminuer mes capacités de combat. Et mes armes, mes vêtements qui s’usent au fil du temps, nécessitant d’augmenter mes compétences en termes de réparation ou… d’en trouver d’autres. Il me faut gérer avec prudence ces paramètres pour ne pas me faire prendre au dépourvu lorsque les combats se présentent.

Le système de combats ne permettra pas aux acharnés du hack and slash de se mettre en valeur. Tout le jeu se déroule, en réalité, au tour par tour, mais de manière transparente : lorsque votre personnage a effectué une action (un pas en avant, un lancer de sort…), les PNJ et autres monstres réagissent à leur tour. Par conséquent, au moment des combats, nul besoin de se précipiter : vous aurez tout le temps d’analyser la situation et de choisir l’attaque ou la défense la plus appropriée.

Cet aspect très positif est toutefois contrebalancé par une IA qui laisse parfois à désirer : trop souvent, lorsque votre avatar s’enfuit devant un ennemi (eh oui, on ne peut pas jouer les héros tout le temps), celui-ci abandonne très (trop) facilement le combat et ne prend pas suffisamment la peine de le poursuivre. Et cela se produit même face aux ennemis plus évolués, comme les Taurax. Du coup, rien ne vous empêche de lancer une attaque, de prendre la poudre d’escampette lorsque votre barre de vie a dangereusement diminué et de trouver un coin plus tranquille pour vous reposer le temps nécessaire pour régénérer les points de vie et de mana. Ce n’est pas très glorieux… Dans le même ordre d’idées, le territoire du jeu étant divisé en zones bien délimitées (chaque zone correspondant à une carte), lorsque l’on passe d’une partie à une autre, un ennemi ne vous suivra pas : autrement dit, vous pourrez tranquillement vous refaire une santé d’un côté de la carte, pendant que l’ennemi patientera de l’autre côté, voire même rebroussera chemin !

Néanmoins, ce point négatif ne doit pas masquer la qualité d’ensemble du jeu, l’intérêt de l’intrigue (malgré une fin quelque peu déconcertante), et surtout le plaisir de la découverte du monde. Le tout est bien servi par une interface très ergonomique et des mécanismes de jeu (alchimie, magie) bien rôdés. Eschalon:Book II ne cherche absolument pas à révolutionner les codes du jeu de rôle, mais à procurer de manière efficace de belles heures de jeu : de ce point de vue, le pari est réussi. On salive déjà à l’idée qu’un troisième opus est en cours de développement.

Note globale : 15/20
Plate-formes supportées : Mac OS X, Linux, Windows
Éditeur : Basilik Games
Sortie : mai 2010
Prix : environ 25 $ (démo gratuite)